Un défi, Des solutions
Une approche positive : "Comprendre les Défis" fonctionne en miroir avec "Valoriser les Solutions". Cet article présente des solutions inspirantes qui répondent à l'antibiorésistance.
En un coup d'œil
L'Union européenne a interdit les antibiotiques comme facteurs de croissance en 2006, suivie par la France qui a étendu cette interdiction aux importations en 2022, démontrant une volonté politique forte.
La sensibilisation mondiale s'organise chaque année avec la semaine de sensibilisation aux antimicrobiens qui mobilise les citoyens et les professionnels autour de cinq objectifs stratégiques.
L'approche One Health reconnaît les liens entre la santé humaine, animale et environnementale, portée par le méta-réseau PROMISE et les plans Écoantibio qui ont permis de réduire l'exposition aux antibiotiques de 48,7% entre 2011 et 2024.
Face au drame silencieux de l'antibiorésistance, c'est à dire la résistance des bactéries aux antibiotiques, des moyens de lutte émergent à travers le monde. De l'interdiction des antibiotiques comme "facteurs de croissance" dans l'agriculture aux campagnes de sensibilisation massive, en passant par l'approche One Health, l'humanité déploie des stratégies innovantes pour préserver l'efficacité de ces médicaments essentiels. Ces initiatives témoignent d'une prise de conscience collective et d'une mobilisation sans précédent pour endiguer ce fléau sanitaire qui menace la médecine moderne et les générations futures.
Les interdictions européennes et françaises : une avancée déterminante
Le 22 décembre 2005 marqua un tournant historique dans la lutte contre l'antibiorésistance. La Commission européenne annonçait l'interdiction des antibiotiques comme "facteurs de croissance" dans les aliments pour animaux d'élevage, effective dès le 1er janvier 2006. Cette décision courageuse mettait fin à une pratique répandue consistant à ajouter de petites quantités d'antibiotiques dans l'alimentation du bétail pour en améliorer la croissance. Markos Kyprianou, Commissaire en charge de la santé et de la protection des consommateurs, déclarait alors : "Cette interdiction revêt une grande importance, non seulement en tant qu'élément constitutif de la stratégie communautaire en matière de sécurité alimentaire, mais aussi au regard de la santé humaine".
À compter de cette date, quatre antibiotiques furent retirés du registre communautaire des additifs autorisés : le monensine sodium utilisé pour l'engraissement des veaux, le salinomycine-sodium pour les porcelets et les porcs, l'avilamycine pour diverses espèces et le lavophospholipol utilisé pour les lapins, les poules pondeuses, les poulets, les dindes, les porcelets, les porcs et le bétail d'engraissement. Cette décision s'inscrivait dans la stratégie de la Commission pour contrer l'émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques.
Le saviez-vous ? La principale cause est l'usage abusif des antibiotiques en élevage intensif, en médecine humaine et en médecine animale. À notre échelle, il est également possible de lutter contre ce phénomène : exclure l'auto-médication et respecter la prescription de notre professionnel de santé (dosage, durée...).
Cette avancée était notable, cependant, une faille subsistait : les éleveurs de l'UE ne pouvaient plus utiliser ces antibiotiques depuis 2006, mais les importations de viandes provenant de pays où cette pratique restait autorisée continuaient d'affluer sur le marché européen. Cette situation créait ainsi une distorsion de concurrence et compromettait les efforts accomplis.
C'est dans ce contexte que la France a décidé d'aller plus loin. Le 21 février 2022, un arrêté ministériel a suspendu l'introduction sur le territoire national de denrées alimentaires d'origine animale issues d'animaux auxquels des antibiotiques avaient été administrés pour favoriser la croissance ou augmenter le rendement. Cette mesure, effective dès le 22 avril 2022, étendit le règlement (UE) 2019/6 relatif aux médicaments vétérinaires en exigeant des opérateurs qu'ils obtiennent des attestations de conformité. Il s'agit là, d'une étape importante dans la lutte contre l'antibiorésistance et elle démontre que les choix politiques peuvent façonner durablement les systèmes de production alimentaire. Toutefois, elle ne peut, à elle seule, mettre fin à l'antibiorésistance.
Les campagnes de sensibilisation mondiale : mobiliser pour préserver
Au-delà des interdictions et pour un enjeu d'une telle ampleur, la sensibilisation constitue un levier essentiel de la lutte contre l'antibiorésistance. En 2015, l'Assemblée mondiale de la Santé adopta un Plan d'action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens, établissant cinq objectifs stratégiques ambitieux :
- Faire connaître et comprendre cet enjeu grâce à la formation et la communication ;
- Renforcer les connaissances pour la surveillance et la recherche ;
- Réduire l'incidence des infections avec des mesures efficaces ;
- Optimiser l'usage des médicaments anti-microbiens en santé humaine et animale ;
- Accroître les investissements dans la mise au point de nouveaux médicaments.
C'est dans ce cadre que fut instaurée la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens, organisée chaque année en novembre. Cette campagne vise à améliorer la sensibilisation à l'échelle mondiale, en s'appuyant sur l'approche "Une seule santé". Le thème retenu en 2025, "Agissons maintenant : protégez notre présent, assurez notre avenir", rappelle l'urgence d'agir. Comme l'a indiqué le méta-réseau PROMISE, c'est une opportunité pour les acteurs de toutes les échelles et toutes les disciplines de s'unir pour informer le public et les professionnels, se tenir informés sur l'actualité (surveillance, recherche...) et les actions mises en œuvre.
À ne pas manquer : Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France consacre chaque année un numéro spécial à l'antibiorésistance avec l'approche One Health, présentant les données de surveillance en santé humaine, animale et environnementale.
Dans ce contexte, Santé publique France a lancé en 2022 la campagne "Les antibiotiques, bien se soigner c'est d'abord, bien les utiliser", tandis que la Suisse a déployé la campagne "Les Antibiotiques, comme il faut quand il faut". Au-delà de la sensibilisation, certains outils se développent pour favoriser un usage responsable des antibiotiques. C'est notamment le cas d'Antibioclic, une plateforme d'aide à la décision destinée aux professionnels de santé et d'AntibioMalin qui comprend des ressources instructives pour le grand public. La multiplication des campagnes et des actions dans le monde démontre ainsi la gravité de cet enjeu et la nécessité d'agir dès à présent.
L'approche "One Health" pour lutter contre l'antibiorésistance
L'une des avancées les plus prometteuses réside dans l'essor de l'approche dite "One Health", qui reconnaît les interconnexions entre la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale. Comme l'explique l'INRAE, ce concept s'est développé au début des années 2000 suite à l'émergence de maladies infectieuses. Il repose sur un principe essentiel : la santé des uns dépend de celle des autres. Ainsi, cette approche innovante, et surtout complète, tient compte des liens qui existent et des interactions. Pour ce faire, les professionnels de nombreux secteurs (biologie, médecine humaine et animale, environnement, agriculture, santé publique, juristes...) travaillent ensemble pour la surveillance, la prévention, la recherche et mener des actions concrètes.
Si cette approche a tant d'importance pour l'antibiorésistance, c'est parce qu'elle concerne l'ensemble des êtres vivants : les gènes résistants circulent dans l'eau, les sols ou encore, l'alimentation. Ils peuvent être transmis d'une espèce à l'autre (transfert horizontal des gènes) ou par contact direct (par exemple, lorsqu'ils s'infiltrent dans la chaîne alimentaire ou que les eaux sont contaminés). C'est là que l'approche One Health prend tout son sens : tenir compte de l'ensemble des impacts et interconnexions pour agir ensemble.
Bon à savoir : One Health ne concerne pas seulement l'antibiorésistance, cette approche est également utilisée pour les zoonoses, les changements climatiques, les microplastiques ou encore l'épigénétique.
Ces initiatives inspirantes démontrent qu'une réponse unifiée et mondiale est possible. De l'interdiction des antibiotiques dans l'élevage aux campagnes de sensibilisation massive, en passant par l'approche One Health, l'humanité déploie des moyens concrets pour lutter contre l'antibiorésistance. Bien que ce combat soit loin d'être achevé, les résultats sont prometteurs et doivent ainsi nous encourager à poursuivre les efforts pour faire évoluer positivement nos pratiques pour s'orienter vers un usage responsable des antibiotiques.
Pour Approfondir
Le Blob (vidéo), L'antibiorésistance, prochaine pandémie mondiale ? Interview de Thierry Naas, bactériologiste, 2025.
Yohann Lacotte, Marie-Cécile Ploy, Antibiorésistance à l'échelle "Une seule santé" : stratégies, enjeux et opportunités, Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France, 2021.
INSERM, Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens 2025 : les infos clés condensées par PROMISE, 2025.
De nombreuses ressources à découvrir sur INRAE, One Health, une seule santé, 2024.

