En un coup d'œil
Les neurosciences révèlent que le cerveau apprend à travers l'essai et l'erreur : il détecte les écarts entre les prédictions et la réalité pour ajuster ses stratégies.
Alors qu'en France l'échec demeure stigmatisé dès l'école, d'autres cultures comme à la Silicon Valley le valorisent comme une preuve de maturité et d'expérience.
Adopter un "état d'esprit de croissance" transforme le rapport à l'échec : c'est la clé pour le percevoir comme un tremplin vers la réussite plutôt qu'une fatalité.
« Il n'y a qu'une façon d'échouer, c'est d'abandonner avant d'avoir réussi », affirmait Georges Clemenceau. Cette citation résume une vérité souvent méconnue, ou ignorée : l'échec n'est pas l'opposé du succès, il en constitue le chemin.
Dès l'enfance, nous apprenons à craindre l'échec plutôt qu'à en tirer profit : les notes sanctionnent, l'erreur est stigmatisée. Cette perception négative, bien ancrée, nous poursuit à l'âge adulte dans la vie sociale, le monde professionnel et l'entrepreneuriat. Pourtant, accepter l'erreur n'est pas seulement une approche bienveillante envers soi, c'est également s'adapter à la façon dont le cerveau fonctionne. Comprendre ces mécanismes permet ainsi de transformer l'échec en opportunité pour apprendre et réussir.
L'apport des neurosciences : le cerveau apprend de ses erreurs
Bénédicte Salthun-Lassalle, docteure en neurosciences, apporte des précisions intéressantes dans un article paru dans Pour la Science : "l'apprentissage repose en grande partie sur un mécanisme par essais et erreurs" et "il existe dans le cerveau des systèmes qui "codent" les attentes, ainsi que les erreurs, à savoir la différence entre les attentes et le résultat obtenu". Plus précisément, l'apprentissage se fait à travers deux systèmes : d'une part, la récompense qui fait intervenir la dopamine (l'erreur de prédiction de récompense) et d'autre part, les habitudes (erreur de prédiction d'action). Ce dernier permet de libérer le cerveau : l'action étant mémorisée et automatisée (conduire, faire du vélo), il devient possible de se concentrer sur d'autres tâches.
À ne pas manquer : "L'erreur est formatrice, et non un simple manquement par rapport à une norme. La détection par le cerveau, de manière très précoce, d'un écart aux attentes est un signal extrêmement important pour chercher à s'ajuster" dans le chapitre d'ouvrage Se tromper, c'est échouer.
Pour le philosophe Charles Pépin, l'échec "serait au fond le véritable tremplin de la réussite". Il suggère notamment d'intégrer cette dimension dans l'apprentissage et ce, dès l'école. L'erreur devrait ainsi être appréhendée comme une source de questionnement, d'ouverture, d'encouragement et de prise de risques : faire de nouvelles tentatives pour s'améliorer. Il est d'autant plus étonnant que l'erreur soit stigmatisée alors que les recherches en neurosciences et en psychologie ne cessent de confirmer ses bénéfices.
Le saviez-vous ? Cette façon d'apprendre est si efficace qu'elle a été étendue à certains algorithmes d'intelligence artificielle : "apprentissage par renforcement", un système basé sur l'essai et l'erreur, avec des récompenses et des pénalités.
L'apprentissage implique ainsi de faire des erreurs, de les évaluer et de s'adapter. Pour ce faire, trois étapes essentielles ont été décrites par Stanislas Dehaene. La première, est l'engagement actif qui consiste à faire quelque chose (par exemple, dans le milieu scolaire, écouter ou relire un cours revient à être "passif", tandis qu'expérimenter ou se tester permet d'être "actif", favorisant l'apprentissage ainsi que la mémorisation). Lors de la seconde, le cerveau effectue une comparaison entre les attentes (ses prédictions) et la réalité (feedback : signaux perçus depuis l'extérieur : auto-évaluation, environnement, retours d'autrui, etc.). Cela lui permet ainsi de détecter et évaluer l'erreur, afin de s'ajuster, ce qui constitue la dernière étape et permet de s'améliorer.
Ces découvertes devraient bouleverser notre rapport à l'échec : plutôt que le sanctionner, il est essentiel de l'accueillir comme une information précieuse sur nos représentations et comme un levier pour progresser. Sanctionner les erreurs ne fait qu'augmenter la peur, le stress et le sentiment d'impuissance, qui sont néfastes aux apprentissages. À l'inverse, la motivation positive et les encouragements les stimulent de manière durable.
Des chercheurs Inserm de l'École normale supérieure ont par ailleurs fait une découverte surprenante. Les "choix vers l'inconnu" (privilégier une option nouvelle, incertaine ou irrationnelle) sont généralement présentés comme motivés par la curiosité. Cependant, ces travaux montrent qu'ils puisent leur source dans des erreurs d'évaluation et de raisonnement, qui s'effectuent à notre insu. La créativité et les choix audacieux proviennent ainsi d'erreurs !
Adopter un "état d'esprit de croissance" pour s'améliorer
Dans certains pays, comme la France, l'échec est perçu négativement : dans le système scolaire, il est sanctionné et stigmatisé, dans l'univers entrepreneurial, il mène à des procédures collectives (redressement judiciaire, liquidation...) décourageantes et à l'abandon regrettable de projets novateurs. Il devrait pourtant être une source de motivation pour s'améliorer et recommencer ! C'est exactement l'état d'esprit qui se retrouve à la Silicon Valley :
"L’échec fait partie intégrante de la vie d’un entrepreneur. Quel que soit le projet, il est inévitable de se retrouver confronter à des difficultés. C’est dans la faculté de se relever de ses échecs que l’on remarque un entrepreneur sur la voie du succès. Tout est lié à la capacité de la personne à surmonter les obstacles, ne pas baisser les bras aux premières difficultés et savoir apprendre de ses erreurs."
Cet état d'esprit, dit "de croissance", repose sur une conviction libératrice : l'intelligence et les capacités peuvent être développées grâce à l'effort, la persévérance et l'adoption de stratégies efficaces. Les personnes dotées de cet état d'esprit voient ainsi les défis comme des opportunités d'apprentissage et de réussite. Elles ne perçoivent pas l'échec comme un constat définitif, mais comme une étape transitoire sur le chemin du succès. Ainsi, parvenir à adopter cette approche transforme radicalement l'expérience de l'échec et les réactions qu'il suscite.
Le saviez-vous ? Une étude menée au Chili a révélé une relation positive entre "l'état d'esprit de croissance" (la conviction que l'intelligence n'est pas fixe et peut être développée) et la réussite, avec une influence du contexte socio-économique.
Dans l'histoire, les exemples de personnes inspirantes dont l'état d'esprit de croissance a mené au succès malgré de nombreux échecs ne manquent pas :
Thomas Edison a réalisé de multiples tentatives infructueuses avant de déposer le brevet de son invention prodigieuse en 1879, l'ampoule électrique. Il a d'ailleurs affirmé : "Je n'ai pas échoué. J'ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas."
Albert Einstein, aujourd'hui considéré comme un génie, a été refusé à l'École polytechnique fédérale de Zurich, avant de développer les plus grandes théories de l'histoire de la physique : relativité générale, relativité restreinte, ondes gravitationnelles, effet photoélectrique, etc. Il a par ailleurs remporté un prix Nobel en 1921.
Les manuscrits Harry Potter de la talentueuse J.K. Rowling avaient quant à eux été rejetés par de nombreux éditeurs. À présent, ils font partie des livres les plus vendus dans le monde, avec une adaptation au cinéma devenue incontournable et elle est aujourd'hui milliardaire.
Et le plus audacieux, Elon Musk, qui ne renonce jamais, avec de belles réussites comme la mise au point avec Space X d'un système ingénieux permettant de récupérer le lanceur (Super Heavy) de la fusée Starship. Un "exploit technique" félicité par l'astronaute français Thomas Pesquet qui ouvre la voie à la réutilisation.
Une chose est sûre, les plus belles réussites et les plus grandes innovations proviennent de ceux qui acceptent les risques, osent se lancer, ne renoncent jamais, apprennent de leurs erreurs et transforment leurs échecs en opportunité.
Des citations inspirantes pour voir l'échec autrement
De nombreuses personnes appréhendent ainsi l'échec avec un état d'esprit positif. Pour quelles raisons, devrions-nous penser différemment ? Voici une sélection de citations inspirantes :
Nelson Mandela : "Je ne perds jamais. Soit, je gagne. Soit, j'apprends."
George Clémenceau : "Échouer est même enviable, pour avoir tenté."
Winston Churchill : "Le succès, c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme."
Benjamin Franklin : "Beaucoup de chemins mènent à la réussite, mais un seul mène immanquablement à l'échec. Celui qui consiste à tenter de plaire à tout le monde."
Albert Einstein : "Une personne qui n'a jamais commis d'erreurs n'a jamais tenté d'innover."
Lao-Tseu : "L'échec est le fondement de la réussite."
Bill Cosby : "Pour réussir, votre désir de réussite doit être plus grand que votre peur de l'échec."
Des secrets pour cultiver un état d'esprit positif face à l'échec
Renoncer aux trois croyances limitantes
Le rapport négatif à l'échec est tellement ancré dans nos esprits que nous peinons à l'appréhender autrement. La première chose à faire pour voir l'échec autrement est de renoncer à ces trois croyances limitantes :
- L'attribution systématique à des causes internes : "je ne suis pas assez doué" ;
- La persistance supposée dans le temps : "j'échoue quoi qu'il arrive" ;
- La généralisation excessive : "j'échoue dans tous les domaines de la vie".
Il devient libérateur d'adopter une approche différente. Pour ce faire, reconsidérons ces exemples : "Cette tentative a échoué, parce que... (méthodes, informations, connaissances...), ne m'ont pas permis de réussir à ... dans ce contexte / ces circonstances". Cette approche est plus réaliste, plus précise, limitée dans le temps et bienveillante : vous n'avez pas échoué parce que vous n'êtes pas doué, mais parce que dans ce contexte / ces circonstances, cette méthode / ces connaissances / ces informations ne vous ont pas permis de concrétiser ce projet / réaliser cette tâche. Elle est également très utile puisque la détection des raisons qui ont mené à l'échec vous permet d'apprendre de vos erreurs.
Se fixer des objectifs raisonnables
Il arrive que les objectifs fixés soient irréalistes, trop ambitieux, trop lointains, menant inévitablement à une succession d'échecs avec le sentiment de ne jamais réussir. Pour y remédier, essayez ces trois astuces :
1. Reformulez vos objectifs pour qu'ils ne visent pas seulement la performance ou des projets de grande ampleur. Par exemple, plutôt que viser "la meilleure note" (performance + comparaison à autrui), privilégiez un objectif d'apprentissage : maîtriser la compétence et les connaissances qui vous permettront de vous améliorer pour viser l'excellence.
2. Pour un projet, plutôt qu'en faire un objectif, scindez-le en plusieurs petites actions / tâches constituant chacune des objectifs à court terme. L'avantage étant que vous pourrez observer les efforts réalisés et les progrès accomplis au fur et à mesure, avec de la satisfaction chaque fois qu'une tâche ou action sera terminée. C'est également une excellente source de motivation pour poursuivre dans cette voie et concrétiser votre projet.
3. Notez vos succès et vos échecs avec leur raison d'être : pour quelles raisons avez-vous réussi / échoué pour telle tâche / action ? Quelles étaient les circonstances / vos méthodes / votre état d'esprit ? Déterminez précisément ce qui a mené à la réussite ou à l'échec pour en tirer une leçon positive. L'objectif : pouvoir réutiliser cette stratégie ou au contraire l'améliorer la fois suivante.
Bon à savoir : Pour savoir si votre objectif est bien défini, vous pouvez suivre la méthode "SMART" qui a fait ses preuves. Le principe ? Chaque objectif doit être Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporellement défini.
Améliorer la capacité à l'auto-compassion
Par ailleurs, n'oubliez pas de cultiver l'auto-compassion : la capacité à être bienveillant envers soi-même face aux difficultés. Il s'agit de reconnaître que l'échec fait partie de l'expérience humaine et qu'il ne définit pas notre valeur en tant que personne. Apprendre à se dire intérieurement « j'ai raté cette fois-ci parce que... » plutôt que « je suis un raté » fait toute la différence dans notre capacité à rebondir. Autant que possible, essayez aussi de vous entourer de personnes et d'environnements qui valorisent la progression, plutôt que la seule performance.
Ne doutez plus ! Mandela, Edison, Einstein, Rowling, Musk et d'autres personnes inspirantes montrent que les plus grands succès sont précédés d'échecs qui forgent le caractère et affinent les compétences. Transformer l'échec en opportunité ne relève donc pas de la naïveté, c'est un respect envers soi et une adaptation au fonctionnement de notre cerveau : l'erreur et l'échec sont indissociables de l'apprentissage et la réussite. En acceptant cette réalité et en développant un état d'esprit positif, ils deviendront un levier pour vous améliorer et concrétiser vos projets. À présent, lancez-vous !
Pour Approfondir
Emmanuel Procyk, Martine Meunier, L'erreur forge le cerveau, Cerveau & Psycho n°87, 2017.
Inserm, Des erreurs à l'origine de la créativité de l'esprit humain ?, Salle de presse, 2019.
Isabelle Né, Raffi Duymedjian, Repenser l'échec comme une chance, The Conversation, 2018.

