Le mouvement pour lutter contre la sédentarité


En un coup d'œil

La sédentarité, définie par des positions prolongées assises ou couchées, s'est progressivement installée depuis la révolution agricole jusqu'à l'ère numérique, éloignant l'humain de sa nature mobile.

31% de la population mondiale ne pratique pas la quantité d'activité physique recommandée, la France se positionnant à la 119ème place sur 146 pays pour l'activité physique des adolescents.

Être sportif et sédentaire à la fois est possible : le sport ne suffit pas à compenser huit heures quotidiennes en position assise.


Dans les sociétés modernes, la sédentarité constitue un important enjeu de santé publique, pourtant, il semble sous-estimé. Cette réalité, devenue omniprésente dans le quotidien, trouve ses racines dans l'évolution même de nos modes de vie. Loin d'être une fatalité, elle peut être combattue avec des gestes simples et accessibles. Cet article invite ainsi à comprendre comment ce phénomène s'est installé, à reconnaître ses impacts sur le corps et l'esprit et à découvrir des solutions concrètes pour y remédier. Non pas pour culpabiliser, mais pour montrer qu'il existe des chemins simples et agréables vers plus de mouvement et de bien-être.

L'installation progressive de la sédentarité

L'histoire de la sédentarité accompagne l'évolution de l'humanité : nous en sommes les héritiers, sans l'avoir choisi. La révolution agricole a marqué un premier tournant en substituant la chasse et la cueillette nomades par l'agriculture sédentaire. Par la suite, la révolution industrielle a concentré les populations dans des villes, créant de nouveaux rythmes de travail et de nouveaux espaces de vie qui ont progressivement limité le mouvement. Plus récemment, c'est la révolution technologique qui a amplifié le phénomène : la sédentarité est devenue la norme pour de nombreuses professions, et peut-être la vôtre.

Bien sûr, ces évolutions ont apporté des bénéfices : sécurité alimentaire, confort de vie, facilitation des tâches professionnelles et quotidiennes. Cependant, c'est au prix d'un éloignement de l'être humain de sa condition première : celle d'un être mobile, doté d'un corps optimisé le mouvement, capable de marcher, courir et d'une grande variété de gestes. Or, le corps n'a pas changé au même rythme que nos modes de vie. Il porte encore en lui cette "programmation" ancestrale qui réclame le mouvement pour fonctionner harmonieusement.

L'aménagement de nos espaces de vie influence également nos comportements. Les environnements urbains favorisent la motorisation aux dépens de la marche, les ascenseurs aux dépens des escaliers, les loisirs numériques aux dépens des activités physiques. Ainsi, bien que cette évolution témoigne d'une adaptation réussie, elle contribue à un déséquilibre croissant avec nos besoins physiologiques. Le corps réclame du mouvement, mais l'environnement nous invite constamment à l'immobilité.

Les technologies actuelles, et récemment l'essor de l'intelligence artificielle, semblent renforcer cette tendance. Toutefois, une question mérite d'être posée : n'est-ce pas finalement leur usage qui conduit à la sédentarité ? Par exemple, si la technologie permet d'améliorer la productivité, plutôt que "produire plus", ne serait-il pas préférable de consacrer le temps gagné à des activités qui favorisent le mouvement ? Cette réflexion nous redonne du pouvoir sur nos choix et montre que nous ne sommes pas condamné à subir cette tendance.

Un phénomène ancré dès l'enfance

Pour comprendre pourquoi il est si difficile de remédier à la sédentarité, il faut remonter aux origines de son installation dans nos vies. En effet, elle s'enracine précocement, dès l'enfance. Le système éducatif impose de longues heures en position assise, de l'école primaire aux études supérieures, créant ainsi des habitudes qui se perpétuent toute la vie. Cette contrainte contraste pourtant avec le comportement naturel des enfants, spontanément actifs, curieux de leur environnement et en mouvement permanent lors de leur temps libre. 

Bien que certains progrès aient vu le jour pour les plus jeunes, l'enseignement supérieur reste confronté à cette problématique. Comme l'a précisé Timothée Brun, président de l'ANESTAPS :

« À l'heure où le système éducatif, du primaire au secondaire, fait l'objet de politiques volontaristes en matière de promotion des activités physiques et sportives, avec notamment les 30 minutes d'activité physique quotidiennes à l'école et plus récemment les 2 heures supplémentaires au collège, l'entrée dans l'enseignement supérieur constitue toujours un point de rupture majeur à la pratique sportive chez les jeunes. » 

Malheureusement, le système éducatif n'est qu'un premier pas vers la sédentarité. À l'issue des études, la transition vers le monde professionnel perpétue et amplifie cette habitude. Les métiers de bureau, majoritaires aujourd'hui, maintiennent les travailleurs en position assise devant un écran pendant près de huit heures quotidiennes, voire davantage. Par ailleurs, cette réalité s'accompagne d'un paradoxe étonnant.

Pour comprendre, il est nécessaire de distinguer l'activité physique et le sport. La première, c'est tout ce qui nous fait bouger naturellement au fil de la journée : s'étirer, marcher, monter des escaliers, jardiner, bricoler, cuisiner, etc. De son côté, le sport est une forme spécifique et structurée d'activité physique, qui peut intégrer un objectif de performance, implique du temps et parfois du matériel. 

Un fait souvent méconnu est qu'il est possible d'être à la fois sportif et sédentaire ! 

En effet, contrairement aux sportifs de haut niveau ou professionnels, nous ne pratiquons généralement que quelques heures par semaine, qui se comptent sur les doigts de la main. Or, elles ne peuvent compenser à elles seules les effets délétères de l'immobilité prolongée : les huit heures derrière un bureau ou à l'école, la tentation du canapé en rentrant chez soi, et la nuit. En définitive, nous passons la majorité de notre temps en position assise ou couchée. 

Ce constat n'enlève rien à nos plaisirs sportifs, il invite simplement à regarder aussi le reste de notre journée avec bienveillance et lucidité. 

Comme le rappelle régulièrement le cardiologue François Carré : « Notre organisme n'est pas fait pour rester assis ! » En effet, les effets néfastes sur la santé sont multiples et largement documentés. L'immobilisme prolongée affecte le métabolisme, diminue la capacité cardio-respiratoire (VO2 max), génère des tensions musculaires et articulaires, influence négativement l'équilibre émotionnel et peut même modifier l'expression de certains gènes (épigénétique).

Pourtant, ces effets sur la santé sont souvent négligés, malgré leur gravité sur le long terme. L'inactivité physique constitue aussi un facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, l'obésité, certains cancers et l'ostéoporose. Enfin, la sédentarité influence également la santé mentale, augmentant les risques de dépression, burn-out et d'anxiété.

Ces conséquences ne se manifestent pas immédiatement, et c'est précisément ce qui les rend si insidieuses : vous ne ressentez pas aujourd'hui les effets d'une heure supplémentaire en position assise. Toutefois, le corps accumule ces déséquilibres, jour après jour. Les tensions dans le dos, les épaules, la nuque ne sont pas une fatalité liée à l'âge ou la fatigue. Ce sont des signaux, des alertes, du corps pour signifier qu'il a besoin de bouger, et il est encore temps de l'écouter.

Les clés pour reprendre le contrôle

Face à ce constat, une question s'impose naturellement : comment parvenir à remédier à la sédentarité ? Heureusement, à l'écoute des spécialistes et en observant les pratiques d'autres pays, de nombreuses pistes de solution existent, tant à l'échelle individuelle que collective et sociétale. La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin de révolutionner votre vie pour voir des changements significatifs et rapides.

Ouvrage à ne pas manquer : Alexandre Dana, Victor Fersing, La chaise tue : Comment échapper à la sédentarité et remettre son corps en marche, Éditions Eyrolles, 2025. 

Commençons par observer ce qui se fait ailleurs ! Le Japon, par exemple, propose des modèles inspirants dans le monde professionnel et le quotidien. De nombreuses entreprises encouragent activement le sport et l'activité physique, mettent à disposition des espaces dédiés et du matériel. Cela favorise ainsi les pauses actives tout au long de la journée. Par ailleurs, le radio-taiso, une gymnastique matinale collective diffusée à la radio, illustre cette culture du mouvement intégrée au quotidien. Ces pratiques montrent qu'il est tout à fait possible d'organiser le travail autrement, en plaçant le bien-être corporel au cœur de la journée professionnelle.

De son côté, la Finlande développe des approches tout aussi novatrices, et ce, dès l'enfance. Les classes en forêt permettent aux élèves de pratiquer leurs apprentissages en extérieur, en combinant intelligemment l'éducation et l'activité physique, qui plus est, dans la nature ! Mieux encore, cette pédagogie active favorise la concentration, la créativité et le bien-être des enfants.

À l'échelle personnelle, certaines stratégies permettent d'introduire le mouvement dans le quotidien, y compris pour les professions de bureau qui s'exercent derrière un écran. Se lever toutes les heures, faire des étirements, téléphoner ou organiser des réunions en se baladant, utiliser les escaliers plutôt que l'ascenseur, se garer plus loin : des habitudes simples mais redoutables. Ainsi, vous n'avez pas besoin de tout chambouler du jour au lendemain. Il s'agit plutôt d'intégrer progressivement ces petits gestes dans le quotidien.

Le saviez-vous ? La marche est votre meilleur allié et la bonne nouvelle est qu'elle est accessible à tous ! Alexandre Dana a eu l'occasion de présenter ses pouvoirs.

Selon les professionnels de santé, 30 minutes par jour d'activité physique suffisent pour faire une réelle différence. Cela semble impossible à intégrer dans votre emploi du temps chargé ? Rassurez-vous, comme l'explique le cardiologue François Carré, c'est plus accessible qu'il n'y paraît. Il suggère ainsi de se garer plus loin afin de marcher dix minutes à l'aller et dix minutes au retour, puis de s'octroyer une balade de dix minutes entre midi et deux : voilà l'objectif atteint ! Pas besoin de tenue de sport, ni d'abonnement coûteux en salle, ni de motivation surhumaine. Simplement, trente minutes réparties naturellement dans votre journée.

Pour les professions de bureau ou lors des études, l'idéal est de changer régulièrement de posture et de s'octroyer des "pauses actives" : se remettre en mouvement. Lorsque cela est possible, que ce soit au travail ou chez vous, les espaces peuvent aussi être optimisés pour favoriser l'activité et limiter autant que possible la position assise prolongée. Chaque petite modification de votre environnement compte et facilite l'adoption de nouvelles habitudes.

Paradoxalement, la technologie peut également devenir votre alliée plutôt que votre adversaire. Les rappels pour se lever, le nombre de pas, le "temps d'écran" (période passée sur votre smartphone, tablette ou ordinateur) ou encore, les objects connectés comme les montres, offrent des données précieuses pour prendre conscience de l'immobilité prolongée. C'est également une excellente source de motivation pour y remédier. 

En définitive, il est tout à fait possible de contrer les méfaits de la sédentarité grâce à des pratiques simples, sans pression, ni objectifs irréalistes. Chaque pas compte et chaque mouvement contribue à restaurer progressivement l'équilibre physiologique et mental dont le corps a besoin. Reprendre le contrôle face à la sédentarité, c'est reconnaître cette réalité avec lucidité et agir à notre rythme, avec bienveillance. Le mouvement, l'essence même de l'être humain, mérite de retrouver sa place légitime dans nos journées. Le corps n'attend que cela et il nous remerciera : plus d'énergie, moins de douleurs, un meilleur sommeil, une humeur plus stable, une concentration améliorée. 

Ces bénéfices ne sont ni lointains, ni hypothétiques. Ils commencent à se manifester dès les premiers jours. Alors, pourquoi ne pas commencer dès aujourd'hui ? Le corps vous en sera reconnaissant, et vous découvrirez certainement que le mouvement n'est pas une contrainte. Au contraire, c'est un cadeau que vous vous offrez !


Pour Approfondir

Alexandre Dana (vidéo), La sédentarité est un tueur silencieux, Extraterrien, 2025.

Pr François Carré (vidéo), 5 conséquences mortelles de la sédentarité, 2025.

Boris Cheval, Neville Owen, Silvio Maltagliati, Activité physique et santé : aménager nos espaces de vie pour contrer notre tendance au moindre effort, The Conversation, 2025.