À travers le regard de Benjamin Demassieux
Benjamin Demassieux est agrégé de lettres classiques, doctorant et chercheur spécialisé en rhétorique antique et réception contemporaine de la mythologie. Passionné par les ponts entre les connaissances classiques et les applications modernes, il explore comment les techniques millénaires peuvent éclairer nos pratiques actuelles. Ses travaux portent notamment sur l'art oratoire romain et les réinterprétations culturelles de l'Antiquité.
En un coup d'œil
Le mythe de Perséphone enlevée par Hadès reflète les réalités du mariage grec antique : un transfert d'autorité patriarcale sans consentement de la jeune fille, ritualisé dans la cérémonie nuptiale elle-même.
Ces récits d'enlèvement ne sont pas de simples histoires d'amour : les textes grecs originaux montrent explicitement la violence, les cris, le refus — éléments souvent édulcorés par l'art occidental qui a transformé ces rapts en scènes romantiques.
Conserver et étudier ces mythes troublants permet d'aborder les questions du consentement, du pouvoir et du patriarcat tout en comprenant que la réflexion sur ces violences traverse toute l'Histoire humaine, des tragédies grecques à aujourd'hui.
Perséphone cueille tranquillement des fleurs dans une prairie. Soudain, la terre s'ouvre violemment. Hadès, dieu des Enfers, surgit sur son char attelé de chevaux noirs et l'enlève dans les profondeurs. Ses cris déchirent le ciel, mais personne ne peut la secourir. Ce mythe, raconté dans l'Hymne homérique à Déméter (VIIe-VIe siècle av. J.-C.), est l'un des plus célèbres et des plus troublants de la mythologie grecque. Mais que raconte-t-il vraiment ? Une histoire d'amour ? Un viol cosmique ? La naissance des saisons ? Derrière l'apparente simplicité du récit se cachent des strates de significations qui continuent de nous interroger.
Le récit : une violence fondatrice
La jeune Koré (« la jeune fille », autre nom de Perséphone) joue insouciante avec ses compagnes dans une prairie fleurie. Zeus a placé là un narcisse extraordinaire comme appât. Quand elle se penche pour cueillir cette fleur merveilleuse, la terre se fend brutalement sous ses pieds. Hadès jaillit des profondeurs sur son char, saisit la jeune fille et replonge dans son royaume souterrain. Seul Hélios, le soleil qui voit tout depuis le ciel, a été témoin du rapt.
Cette scène d'ouverture condense plusieurs thématiques essentielles. La prairie fleurie représente l'innocence, le monde lumineux de la surface, le royaume maternel de Déméter, déesse de l'agriculture et de la fertilité. L'ouverture violente de la terre symbolise une rupture radicale, un passage brutal et non consenti d'un état à un autre. Le cri de Koré déchire littéralement le cosmos : Déméter l'entend depuis l'Olympe, mais ne peut localiser sa fille disparue.
L'Hymne homérique est particulièrement explicite sur un point souvent minimisé par les réécritures ultérieures : Zeus, père de Perséphone, a donné son accord préalable à Hadès pour cet enlèvement. Le père dispose ainsi de sa fille comme d'un bien négociable, sans consulter ni la mère ni l'intéressée elle-même. Ce détail révèle crûment la structure patriarcale du monde divin grec, qui reflète et légitime celle du monde humain. Le mariage se conçoit comme un transfert : la jeune fille passe de l'autorité paternelle (kyrios, le tuteur) à l'autorité maritale, sans jamais accéder à l'autonomie.
Mais — et c'est absolument crucial pour comprendre la subtilité du texte — l'hymne ne cautionne pas simplement cette violence structurelle. La douleur de Déméter occupe l'essentiel du récit. Sa colère est présentée comme légitime, sa résistance comme efficace. Refusant de faire pousser les récoltes, elle plonge le monde dans une famine catastrophique qui menace l'humanité entière d'extinction. Cette grève cosmique force Zeus lui-même à négocier un compromis : Perséphone passera un tiers de l'année aux Enfers avec son époux, deux tiers avec sa mère à la surface. Cette solution établit l'alternance des saisons et crée le cycle agricole tel que le connaissent les Grecs.
Perséphone ne revient pas inchangée de son séjour forcé aux Enfers. Koré (« la jeune fille vierge ») est devenue Perséphone (« celle qui apporte la destruction »), reine du monde souterrain avec tous les pouvoirs afférents. Elle a mangé des grains de grenade offerts par Hadès, scellant ainsi son lien permanent avec le royaume des morts. Ce détail apparemment anodin revêt une importance capitale dans la logique mythologique : manger la nourriture des Enfers vous lie à eux pour toujours, rendant impossible le retour complet parmi les vivants.
Le mythe raconte donc fondamentalement une initiation. Koré l'innocente devient Perséphone la souveraine, traversant une mort symbolique (la descente aux Enfers) pour renaître transformée et investie de pouvoirs nouveaux. Les Mystères d'Éleusis, culte initiatique majeur qui a perduré pendant près de deux mille ans dans le monde grec puis romain, s'appuyaient précisément sur ce récit pour promettre aux initiés une meilleure condition après la mort.
Le rapt comme reflet du mariage grec
Les anthropologues et historiens ont amplement démontré que ce mythe reflétait, sous forme amplifiée et dramatisée, les réalités concrètes du mariage dans la Grèce antique. Dans l'Athènes classique comme dans la plupart des cités grecques, le mariage se déroulait largement sans le consentement explicite de la jeune fille. Celle-ci passait directement de l'autorité de son père à celle de son mari, souvent bien plus âgé qu'elle, qu'elle n'avait généralement jamais rencontré avant les fiançailles.
La cérémonie de mariage athénienne incluait d'ailleurs un moment ritualisé de « rapt » symbolique : lors de la procession nuptiale nocturne, le marié « enlevait » sa fiancée de la maison paternelle pour la conduire dans sa propre demeure. Ce geste répétait sur le plan rituel la violence symbolique du transfert d'autorité et de territoire. La jeune épouse quittait définitivement le foyer de son enfance, souvent en pleurant ostensiblement, pour entrer dans une famille étrangère où elle devrait faire ses preuves.
Le mythe de Perséphone fournissait ainsi un modèle divin pour une pratique sociale potentiellement traumatisante : si la fille de Déméter elle-même a dû quitter sa mère pour rejoindre un époux qu'elle n'avait pas choisi, comment les jeunes filles humaines pourraient-elles légitimement s'y soustraire ? Le mythe naturalise une institution sociale en la projetant dans l'ordre cosmique immuable établi par les dieux.
Mais — et c'est là que réside toute l'ambivalence du texte — l'Hymne homérique ne présente jamais cette situation comme idéale ou souhaitable. La douleur de Déméter n'est pas minimisée : elle occupe l'essentiel de la narration. Sa colère est présentée comme légitime et compréhensible. Sa résistance s'avère efficace et modifie l'ordre initial imposé par Zeus. Le texte donne voix au point de vue maternel et féminin, créant une tension productive avec l'ordre patriarcal qu'il décrit par ailleurs. Cette ambivalence constitue toute la richesse et la profondeur du mythe.
D'autres enlèvements : variations sur un thème
Perséphone n'est pas du tout un cas isolé dans la mythologie grecque. L'enlèvement par un dieu traverse les récits mythologiques comme un motif obsédant et récurrent.
Zeus, le roi des dieux lui-même, collectionne les enlèvements. Amoureux de la princesse phénicienne Europe, il se transforme en magnifique taureau blanc d'une douceur apparente. Séduite par l'animal, Europe grimpe innocemment sur son dos. Le taureau plonge alors dans la mer et traverse toute la Méditerranée jusqu'en Crète, où Zeus reprend sa forme divine et s'unit à Europe. De cette union naîtront Minos, Rhadamanthe et Sarpédon, figures majeures de la mythologie crétoise. Europe donnera aussi son nom à tout un continent, inscrivant l'enlèvement dans la géographie même.
Ce mythe diffère de celui de Perséphone par l'usage de la ruse plutôt que de la force brute. Le taureau charmeur et trompeur remplace le ravisseur surgissant des profondeurs. Mais la tromperie délibérée reste fondamentalement une forme de violence : Europe ne consent pas véritablement et sciemment à l'enlèvement, elle est manipulée par une apparence trompeuse soigneusement construite.
Zeus enlève également le jeune Troyen Ganymède, « le plus beau des mortels » selon Homère. Épris du garçon, Zeus se transforme en aigle et l'enlève jusqu'à l'Olympe. Là, Ganymède devient l'échanson des dieux, leur servant le nectar lors des banquets, et reçoit l'immortalité en compensation. Ce mythe présente des particularités intéressantes : il légitime la pédérastie aristocratique grecque en la projetant dans le monde divin. Il offre aussi un destin apparemment « positif » à la victime du rapt : l'immortalité constitue un privilège extraordinaire rarement accordé aux mortels. Mais là encore, aucun consentement n'est demandé à Ganymède lui-même. Les versions ultérieures varient : certaines le présentent comme honoré, d'autres comme profondément affligé. Cette hésitation narrative révèle les tensions autour de l'interprétation morale de ce rapt particulier.
Hélène de Troie détient un record peu enviable : elle sera enlevée au moins trois fois dans les différentes versions mythologiques. Enfant, par le héros Thésée. Adulte, par le prince troyen Pâris — déclenchant la guerre de Troie. Après la guerre, certaines versions la font enlever par des Égyptiens. Cette répétition obsessionnelle transforme le personnage en archétype de la femme-objet, éternellement passive, circulant mécaniquement entre les mains des hommes sans jamais disposer d'elle-même.
Mais ici encore, les versions mythologiques varient significativement et révèlent des tentatives de complexification. Certains textes, notamment chez Euripide, suggèrent qu'Hélène suit volontairement Pâris par amour, transformant l'enlèvement en fuite consentie. Le même Euripide, dans sa pièce Hélène, imagine même qu'un fantôme a été envoyé à Troie tandis que la vraie Hélène attendait sagement et fidèlement en Égypte. Ces variations narratives montrent les tentatives répétées de redonner de l'agency et de la complexité psychologique à un personnage que la structure même du mythe tend à réifier.
Lectures contemporaines : le regard change
Depuis les années 1970, les études féministes et les études de genre ont proposé une relecture radicalement critique de ces mythes d'enlèvement. Loin d'être de charmantes histoires d'amour entre dieux puissants et mortelles privilégiées, ils mettraient crûment en scène la violence structurelle du patriarcat : appropriation unilatérale du corps féminin, déni systématique de consentement, naturalisation culturelle du viol.
Cette approche critique souligne des éléments longtemps minimisés ou euphémisés. Perséphone crie explicitement quand Hadès l'enlève — le texte grec insiste sur ce cri qui déchire le cosmos. Daphné supplie désespérément Apollon de la laisser tranquille avant d'être transformée en laurier. Ces refus sont parfaitement explicites dans les textes originaux, même si l'iconographie et les réécritures ultérieures les ont souvent édulcorés, voire complètement effacés, pour produire des scènes « romantiques » rassurantes.
Les artistes de la Renaissance et surtout de l'époque baroque ont particulièrement contribué à cette esthétisation euphémisante de la violence. Le Rapt de Proserpine du Bernin (1622), chef-d'œuvre absolu de la sculpture baroque, transforme la violence en beauté marmoréenne virtuose : les doigts d'Hadès s'enfoncent visiblement dans la chair tendre de Perséphone avec un réalisme saisissant, mais la sculpture sublime cette brutalité en sensualité artistique. La peinture galante du XVIIIe siècle ira encore plus loin, transformant systématiquement les enlèvements mythologiques en scènes érotiques aguichantes où la « résistance » féminine n'est présentée que comme un jeu de séduction préliminaire.
Cette longue tradition iconographique a profondément influencé notre réception collective des mythes. Combien de reproductions du Rapt d'Europe circulent encore aujourd'hui montrant une jeune femme visiblement souriante et détendue, confortablement installée sur le dos d'un taureau débonnaire ? Le texte original d'Ovide (Métamorphoses II) insiste au contraire longuement sur la terreur absolue d'Europe ballottée sur les flots marins déchaînés, s'accrochant désespérément à la corne du taureau.
Comment les Anciens comprenaient-ils ces récits ?
Il serait profondément anachronique de projeter mécaniquement nos catégories morales modernes sur les Grecs anciens sans aucune nuance contextuelle. Mais il serait tout aussi faux et dangereux d'imaginer qu'ils approuvaient simplement et naïvement ces violences sans aucune distance critique. Les textes antiques eux-mêmes témoignent d'une conscience souvent aiguë de la dimension éthiquement problématique de ces rapts divins.
Les tragédies grecques, notamment, explorent systématiquement et en profondeur les conséquences psychologiquement et socialement destructrices de la violence sexuelle divine. Cassandre, violée par Apollon qui lui a donné en compensation le don de prophétie, devient une prophétesse tragiquement non crue, condamnée à voir toutes les catastrophes à venir sans jamais pouvoir les empêcher ni convaincre quiconque. Io, transformée en génisse après avoir été violée par Zeus, erre à travers le monde connu, perpétuellement harcelée par un taon envoyé par Héra jalouse. Loin d'être présentés comme des happy ends compensatoires, ces destins sont explicitement montrés comme des tragédies prolongées.
Les philosophes grecs aussi s'interrogent explicitement sur ces récits. Platon, dans la République, critique vertement les mythes qui présentent les dieux comme fondamentalement immoraux, menteurs ou violents. Ces récits, affirme-t-il, ne peuvent en aucun cas servir de modèles éducatifs pour former les futurs gardiens de la cité idéale. Il propose donc soit de les censurer purement et simplement, soit de les allégoriser radicalement : le rapt de Perséphone ne raconterait pas vraiment et littéralement un enlèvement criminel, mais symboliserait abstraitement le cycle naturel des saisons.
Cette lecture allégorique connaîtra une très longue postérité. Les philosophes stoïciens, les néoplatoniciens, puis les auteurs chrétiens du Moyen Âge chercheront inlassablement des sens cachés, spirituels ou moraux, derrière le scandale apparent du sens littéral. Perséphone représente l'âme humaine tombant dans la matière corporelle avant de remonter vers le divin. Daphné changée en laurier symbolise la virginité héroïquement préservée contre les assauts de la concupiscence. Ces interprétations moralisantes et spiritualisantes révèlent précisément le profond malaise ressenti face au sens littéral brut des récits.
Pourquoi conserver ces récits qui dérangent ?
Face à la violence indéniable de ces mythes, une tentation existe aujourd'hui : les écarter simplement des programmes scolaires, cesser de les raconter aux enfants, les reléguer aux marges de la culture. Ce serait pourtant une erreur grave pour plusieurs raisons convergentes.
D'abord, ces mythes font objectivement partie de notre héritage culturel commun, que nous le voulions ou non. Des milliers d'œuvres d'art, de littérature, de musique à travers les siècles s'y réfèrent directement ou indirectement. Ignorer complètement Perséphone, c'est se priver des clés pour comprendre Goethe, Stravinsky, ou même Matrix Reloaded où Perséphone apparaît comme personnage. La culture fonctionne fondamentalement par accumulation et dialogue intertextuel : les créations contemporaines dialoguent constamment avec les mythes anciens, les citent, les transforment, les subvertissent. Ne pas connaître ces derniers, c'est s'amputer volontairement d'une part considérable de notre capacité à décrypter le monde symbolique qui nous entoure.
Ensuite, ces mythes, correctement enseignés dans leur contexte et leur complexité, permettent précisément d'aborder des questions morales et sociales difficiles : qu'est-ce que le consentement et pourquoi est-il fondamental ? Comment les sociétés ont-elles historiquement traité les femmes et les personnes vulnérables ? Qu'est-ce que le pouvoir et comment s'exerce-t-il concrètement ? Lire et discuter le mythe de Perséphone en classe, c'est une occasion précieuse d'aborder frontalement les questions du patriarcat, du mariage forcé, de l'autonomie corporelle. Mais pour que cela fonctionne, il faut impérativement un enseignement critique et contextualisé, qui ne présente surtout pas ces récits comme de charmantes histoires édifiantes, mais comme des textes historiquement situés, complexes, ambivalents, porteurs de violence et de sens multiples qu'il faut démêler patiemment.
Enfin, ces mythes démontrent que la réflexion collective sur la violence sexuelle et les rapports de pouvoir n'est absolument pas nouvelle, contrairement à ce qu'on entend parfois. Les Grecs eux-mêmes interrogeaient ces récits, les réécrivaient sous différents angles, en exploraient méthodiquement les implications morales et sociales. Découvrir qu'Euripide, il y a 2 400 ans, mettait déjà en scène des femmes violentées qui prennent courageusement la parole pour accuser publiquement leurs agresseurs divins, c'est comprendre que la lutte pour la dignité et l'autonomie n'est pas une invention du XXIe siècle mais traverse toute l'Histoire humaine. C'est se sentir partie prenante d'une conversation collective qui nous précède et nous survivra largement.
Conclusion
Les mythes de rapt ne nous donnent jamais de réponses simples et univoques. Ils ne disent pas : « Voilà comment il faut agir et penser. » Ils montrent des situations extrêmes, des violences cosmiques, des transformations profondes. Ils nous placent face à des questions vertigineuses : comment vivre humainement avec le traumatisme ? Comment donner du sens à la souffrance imposée ? Peut-on transformer la violence subie en pouvoir acquis, comme Perséphone devenant souveraine des Enfers ?
Chaque époque apporte nécessairement ses propres réponses à ces questions éternelles. Les Grecs anciens lisaient Perséphone comme l'explication étiologique du cycle des saisons et un modèle rituel d'initiation féminine au mariage. Le Moyen Âge chrétien y voyait une allégorie de l'âme descendant dans le péché matériel et remontant péniblement vers Dieu. Les romantiques y trouvaient l'expression sublime d'un désir à la fois mortifère et créateur. Nous, au XXIe siècle, y lisons l'histoire troublante d'une jeune fille arrachée violemment à son monde, contrainte de s'adapter à un univers étranger et terrifiant, mais qui finalement négocie sa place et acquiert un pouvoir propre et une souveraineté réelle.
Toutes ces lectures coexistent légitimement dans la longue vie du mythe. Le récit les accueille toutes précisément parce qu'il est suffisamment riche, suffisamment ambivalent, suffisamment ouvert pour supporter des interprétations multiples, divergentes, parfois contradictoires. C'est exactement là que résident sa force culturelle et sa permanence à travers les millénaires.
La prochaine fois que vous croiserez une référence à Perséphone dans un film, un livre, une chanson, ne voyez pas seulement une jeune fille innocente cueillie comme une fleur. Voyez aussi simultanément la puissante reine des Enfers, celle qui a traversé la mort symbolique et en est revenue profondément transformée. Voyez la fille qui refuse ultimement de choisir entre sa mère et son mari, et impose créativement une existence alternée entre deux mondes. Voyez toutes les femmes qui, à travers l'Histoire et jusqu'à aujourd'hui, ont dû négocier courageusement leur place dans des structures sociales qui ne leur demandaient jamais leur avis.
Le mythe n'excuse rien, ne justifie rien. Mais il raconte, il questionne, il fait réfléchir. Et en racontant ces histoires difficiles, il nous aide collectivement à penser notre propre monde et ses violences persistantes.
Pour Approfondir
Podcast de l'auteur : Benjamin Demassieux et Néphélé Papakonstantinou, Proserpine et les violences faites aux femmes, ENS Savoir, Humanités dans le texte, 2024.
Lydie Bodiou et Michel Briand, Rapt, viol et mariage dans l'Antiquité gréco-romaine — L'exemple de Déméter et Korê, Dialogue, n° 208, 2015, p. 17-32.
Jérôme Delaplanche, Ravissement : Les représentations d'enlèvements amoureux dans l'art, de l'Antiquité à nos jours, Citadelles & Mazenod, 2018.

