Exploration spatiale : L'ingéniosité à 400 km au-dessus de la Terre


En un coup d'œil

La Station spatiale internationale (ISS), en orbite à 400 km d'altitude, est le laboratoire scientifique le plus productif jamais construit.

Thomas Pesquet, qui a passé 395 jours en orbite et été désigné commandant de l'ISS en 2021, incarne la contribution de l'UE à la conquête spatiale.

Le 13 février 2026, Sophie Adenot devenait la deuxième Française de l'histoire à rejoindre l'espace, à bord du Crew Dragon dans le cadre de la mission Epsilon.


Le 13 février 2026, une capsule Crew Dragon de SpaceX décollait du complexe de lancement de Cape Canaveral, emportant vers la Station spatiale internationale la Française Sophie Adenot pour sa première mission spatiale. Quelque 400 km au-dessus de la Terre, à bord d'une structure dont la construction a mobilisé quinze nations et vingt-cinq années d'efforts conjoints, l'astronaute allait rejoindre un équipage déjà en place pour plusieurs mois d'expériences en microgravité. Cette scène, répétée depuis bientôt trente ans avec une régularité devenue presque ordinaire, ne l'est pourtant pas : elle représente l'une des coopérations scientifiques les plus ambitieuses de l'histoire humaine.

Un laboratoire en orbite permanente depuis 1998

La Station spatiale internationale est le fruit d'une décision à la fois géopolitique et scientifique. Après des décennies de rivalité entre les programmes américain et soviétique, la fin de la guerre froide a ouvert la voie à une coopération sans précédent : le module russe Zarya a été lancé en novembre 1998, suivi du module américain Unity. Depuis novembre 2000, la Station n'a pas connu un jour sans équipage à son bord, ce qui constitue une performance logistique et humaine remarquable.

Bon à savoir : Cinq agences spatiales ont contribué à l'assemblage de la station. Il s'agit de la Nasa (États-Unis), Roscosmos (Russie), ESA (Europe), JAXA (Japon) et CSA (Canada). 

Avec ses 109 mètres de longueur (soit la largeur d'un terrain de football américain), ses 73 mètres de largeur, une hauteur de 30 mètres et ses quelque 400 tonnes, elle est la plus grande structure que l'humanité ait jamais placée en orbite. Elle effectue seize révolutions autour de la Terre par jour à une vitesse de 27 600 km/h (90 minutes pour réaliser un tour), ce qui signifie que ses occupants assistent à 16 Levers de Soleil chaque jour. Depuis sa mise en service, plus de 270 astronautes de 21 nationalités y ont séjourné et conduit plus de 3 000 expériences scientifiques, un bilan qui surpasse celui de n'importe quel laboratoire terrestre. Et ce, avec la plus belle vue qui soit, comme l'atteste ce célèbre selfie de Scott Kelly (2015). 



La station permet d'améliorer la compréhension de notre Planète, d'étudier l'atmosphère, les catastrophes naturelles, les changements climatiques, mais aussi la pollution lumineuse, les inondations et les éruptions volcaniques. Plus encore, il s'agit d'un véritable laboratoire scientifique et technologique. L'ISS accueille des programmes de recherche dans de multiples domaines : essais de nouveaux traitements et d'outils innovants en santé, microbiologie (étude des microbes, séquençage ADN, édition du génome), biologie, immunologie, physique, physiologie humaine en microgravité (atrophie musculaire, déminéralisation osseuse, redistribution des fluides corporels vers la partie supérieure du corps), robotique, etc. 

Certains projets sont menés dans l'ISS et sur notre Planète afin de comparer les résultats. C'est ainsi qu'en 2015, Scott Kelly et son frère jumeau resté sur Terre ont fait l'objet d'études (analyses moléculaires, physiologiques, comportementales) afin d'étudier les effets d'un voyage prolongé dans un environnement extrême sur la santé. Les résultats, publiés dans la revue Science, ont révélé une variation de la longueur des télomères (essentiels au maintien de la division cellulaire et liés au vieillissement) et des modifications de la méthylation de l'ADN dans les cellules immunitaires avec des risques cardiovasculaires et cognitifs.

Le saviez-vous ? Pour atténuer la perte de masse musculaire et osseuse dans le corps humain en microgravité, les astronautes doivent faire du sport au moins deux heures par jour.

Thomas Pesquet et l'Europe en orbite

Né le 27 février 1978 à Rouen, ingénieur aéronautique de formation (SUPAERO), pilote de ligne pour Air France et pilote militaire qualifié sur plus de quarante types d'appareils, Thomas Pesquet a été sélectionné par l'Agence spatiale européenne (ESA) en 2009 parmi des milliers de candidats. Son parcours illustre une réalité souvent sous-estimée : devenir astronaute relève d'une préparation sur plusieurs décennies, qui implique l'excellence technique, la résilience physique et l'aptitude à vivre dans des environnements à contraintes extrêmes.

Sa première mission, Proxima (novembre 2016, 6 mois), le place en orbite à bord d'un Soyouz russe dont il assure le rôle de commandant de bord : une première pour un Français sur ce type de vaisseau. Il a réalisé 62 expériences scientifiques, dont 7 développées par le CNES, et 3 sorties extravéhiculaires. Ses photographies de la Terre depuis la Station, diffusées sur les réseaux sociaux, ont transformé le regard d'une génération entière sur la fragilité du vivant vu depuis l'espace.

Sa seconde mission, Alpha (avril 2021, 6 mois), a marqué une étape supplémentaire : il a décollé cette fois-ci à bord d'un Crew Dragon de SpaceX et été désigné commandant de la Station en septembre 2021, devenant le premier Français à diriger l'ISS. Lors de cette mission de 396 jours, il a effectué 232 expériences scientifiques et 4 sorties extravéhiculaires. Quelques exemples : 

- Dreams : Étude de l'adaptation et l'évolution des cycles du sommeil grâce à un capteur  électroencéphalographique ; 

Renewable Foam : Essais de matériaux de protection réutilisables, biodégradables ou comestibles ; 

Freshness Packaging : Essais de l'efficacité de nouveaux emballages perméables qui permettent les échanges gazeux favorisant la conservation des fruits et des légumes pendant 15 jours à 1 mois ; 

- Cerebral Ageing : Étude des mécanismes du vieillissement des cellules nerveuses cérébrales à l'échelle moléculaire ; 

- Télémaque : Essai d'une pince acoustique émettant des ondes ultrasonores qui exercent une force sur les objets et les liquides pour les manipuler et les déplacer sans entrer en contact avec eux. 

Les missions sont très variées avec des bénéfices dans tous les domaines. Thomas Pesquet a veillé à les partager chaque jour avec le public, permettant au monde entier de vivre cette merveilleuse aventure à ses côtés. 

La mission εpsilon et les nouvelles frontières de l'exploration

Sophie Adenot, née en 1982, pilote d'essai d'hélicoptères de formation, est sélectionnée par l'ESA en 2022 au sein de la promotion Rosalind Franklin (du nom de la chercheuse britannique dont les travaux décisifs sur la structure de l'ADN furent longtemps peu reconnus). Elle devient ainsi la première astronaute de carrière de cette promotion à voler dans l'espace. Le 13 février 2026, elle s'est envolée à bord du Crew Dragon dans le cadre de la mission Crew-12 de la NASA, aux côtés de la commandante Jessica Meir et du pilote Jack Hathaway (NASA), ainsi que du cosmonaute Andreï Fediaïev (Roscosmos).

Cette mission européenne s'appelle εpsilon, un nom qu'elle a elle-même choisi : en mathématiques, ε désigne une petite quantité, à l'image du rôle que chaque astronaute joue dans l'exploration spatiale. Près de 200 expériences scientifiques sont prévues durant les 9 mois de séjour à bord, portant notamment sur la physiologie humaine en microgravité, les technologies embarquées et la préparation des futures missions d'exploration lointaine. Sophie Adenot est la seconde femme Française à rejoindre l'espace, trente ans après Claudie Haigneré

Anecdote : Anne-Sophie Pic, la cheffe la plus étoilée au monde, et Sophie Adenot ont élaboré des plats qui seront dégustés à bord de l'ISS. Pour la cheffe, "cuisiner pour l'espace est un défi exaltant, c'est un véritable honneur de participer à cette aventure extraordinaire". 



De son côté, le programme Artemis, conduit par la NASA avec la participation de l'ESA, vise le retour d'êtres humains sur la Lune pour la première fois depuis 1972 (mission Apollo 17), dans la perspective de missions de surface de longue durée. Thomas Pesquet est actuellement en préparation pour cette mission. En 2027, devrait avoir lieu des tests en orbite terrestre basse, et l'atterrissage sur la Lune est prévu aux alentours de 2028 avec les missions Artemis IV ou V. 

En parallèle, SpaceX a réalisé une prouesse technique avec la capsule Crew Dragon dès lors qu'elle est réutilisable : un même véhicule peut effectuer plusieurs missions, réduisant considérablement le coût par rapport aux lanceurs à usage unique qui dominaient les décennies précédentes. Actuellement, un autre projet est en cours : Starship, le plus grand lanceur jamais construit, destiné aussi bien aux missions lunaires qu'à l'ambition d'Elon Musk d'envoyer des humains sur Mars dans les années 2030. Cependant à ce jour, la technique et le coût constituent des obstacles non négligeables à ce projet. 

L'exploration relève ainsi d'une grande ingéniosité humaine : la capacité à créer des engins spectaculaires, à envoyer des humains dans l'espace, à vivre dans des environnements extrêmes, à étudier notre Planète sous un angle inédit, à réaliser des expériences scientifiques dans tous les domaines. C'est également un modèle inspirant de coopération internationale au profit de l'humanité. 


Pour Approfondir

CNES, La Station spatiale internationale (ISS), 2026.

Cité de l'Espace, Les expériences scientifiques de la mission Epsilon de Sophie Adenot, 2025.

Jean-Pierre Martin, Les stations spatiales passées, présentes et futures, SAF Astronomie, 2020. Également disponible en conférence

Thomas Pesquet (documentaire), 16 Levers de Soleil, 2018. Disponible avec un abonnement à Prime vidéo ou en location sur Apple TV

Prochainement au cinéma (début 2027) : "HOPE" où Sophie Adenot nous racontera son incroyable aventure sans filtre, sans artifice, au plus près de l'humain comme de l'exploit.