Un défi, Des solutions
Une approche positive : "Comprendre les Défis" fonctionne en miroir avec "Valoriser les Solutions". Cet article présente le défi et vous découvrirez les solutions prometteuses qui y répondent.
En un coup d'œil
Le 1er janvier 2026, l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana (Suisse) reproduisait le terrible scénario de 2013 au Brésil et de 2025 en Macédoine.
Les méga-feux représentent 3 % des incendies mais 50 % des surfaces brûlées, avec des conséquences dévastatrices sur l'environnement et la biodiversité.
En France, 9 départs de feu sur 10 sont provoqués par les activités humaines : chantiers, réseaux électriques, mégots de cigarettes, pyromanie...
Dans la nuit du Nouvel An 2026, à 1h26 du matin, des bougies étincelantes allumées sur des bouteilles de champagne mirent le feu au plafond d'un bar en sous-sol à Crans-Montana. En quelques secondes, la mousse acoustique synthétique tapissant la salle s'embrasa. En quelques minutes, 41 personnes étaient décédées, dont au moins 20 mineurs de 14 à 17 ans, et 115 blessés graves étaient pris en charge dans les hôpitaux de la région. Cette tragédie du Constellation, survenue treize ans presque jour pour jour après l'incendie de la boîte Kiss à Santa Maria au Brésil (242 morts, janvier 2013), et dix mois après celui du Nightclub Pulse à Kočani en Macédoine (59 morts, mars 2025), oblige à s'interroger : pourquoi les mêmes catastrophes se répètent-elles avec les mêmes causes ?
La mousse acoustique synthétique et les failles récurrentes de la sécurité
L'incendie du Constellation repose sur une mécanique accablante de prévisibilité. La mousse acoustique posée lors de travaux en 2015 n'avait fait l'objet d'aucune inspection de sécurité depuis 2019. Les propriétaires, Jacques et Jessica Moretti, mis en examen pour homicide par négligence, avaient autorisé l'allumage de bougies étincelantes à l'intérieur d'un établissement en sous-sol, sans issue de secours suffisante pour une occupation de cette densité. Ce scénario est presque identique à celui de l'incendie Kiss de 2013 au Brésil : une mousse synthétique inflammable au plafond, un feu de Bengale à l'origine du drame, une unique sortie bloquée par la panique, une intoxication mortelle au cyanure d'hydrogène libéré par la combustion de la mousse pour de nombreuses victimes.
Les victimes brûlées qui survivent à ces catastrophes font face à un parcours médical d'une durée et d'une intensité que le grand public imagine rarement. Une brûlure est dite "grave" lorsque 15 % de la surface cutanée est atteinte (10% chez les personnes âgées ; 5 à 10% pour les nourrissons), et l'on parle de « grand brûlé » à partir de 25% (20% chez l'enfant).
La prise en charge des patients se déroule généralement en trois phases, une véritable lutte pour la survie et la reconstruction, tant physique que psychologique :
- Phase d'urgence vitale : réanimation, coma artificiel dans les cas sévères, lutte contre le choc hypovolémique et les infections (cutanées, pulmonaires, urinaires...) ;
- Phase aiguë de plusieurs semaines : greffes de peau prélevées sur des zones saines du patient, pansements quotidiens sous anesthésie générale, douleurs évaluées continuellement par les équipes médicales ;
- Phase de reconstruction à long terme de quelques mois à des années : rééducation intensive, suivi psychologique, appareillages, interventions chirurgicales souvent répétées, etc.
Les impacts psychologiques sont aussi importants que les séquelles physiques : "La brûlure peut constituer une épreuve majeure sur le plan physique et psychologique par la conjugaison de l’expérience traumatique de l’agression causale, de l’altération profonde de l’enveloppe corporelle et des soins intensifs." S'ajoutent par ailleurs, le regard des autres face aux modifications de l'image corporelle. Les patients sont souvent confrontés à un stress post-traumatique, une dépression, des états anxieux associés et/ou des troubles du comportement (agitation, sidération...). Il s'agit d'une épreuve supplémentaire à traverser.
Soutien : Burns and Smiles et l'Association des brûlés de France offrent un accompagnement et des informations précieuses aux victimes ainsi qu'à leurs proches. Chacun d'entre nous peut agir pour les soutenir : rejoindre une équipe de bénévoles ou faire un don.
Les méga-feux et leur comportement hors des méthodes d'extinction conventionnelles
La qualification de "méga-feu" s'applique lorsque la superficie dépasse 10 000 hectares (critère américain) ou 1 000 hectares (critère européen). Dans un dossier thématique paru sur Muséum national d'Histoire naturelle, il a été précisé que "les méga-feux représentent 3% des incendies, mais ils sont responsables de 50% des surfaces brûlées". Ainsi, leur caractère exceptionnel ne doit pas conduire à minimiser leurs impacts dramatiques. Ces feux se caractérisent par une surface, une intensité et une vitesse de propagation inhabituelles.
Ils sont d'une telle ampleur qu'ils sont particulièrement difficiles à éteindre, y compris avec des moyens conséquents : ils progressent de cime en cime à des vitesses que les équipes mobilisées peinent à anticiper, ils maintiennent des foyers souterrains (les « feux zombies », alimentés par les tourbières et les racines) qui peuvent ressurgir bien après l'extinction apparente, et ils génèrent leurs propres conditions météorologiques. Les colonnes de fumée pyrocumulonimbus produisent des orages secs, des éclairs et des vents violents qui alimentent en retour le foyer.
Bon à savoir : Ces feux ont aussi des conséquences souvent méconnues : "en émettant des gaz à effet de serre et des aérosols (minuscules particules de fumée) affectant le rayonnement dans l’atmosphère, ils provoquent des perturbations du climat mondial comme régional" peut-on lire dans The Conversation.
Au Canada en 2023, plus de 6 000 incendies ont ravagé 15 millions d'hectares, faisant du pays le quatrième (derrière la Chine, les États-Unis et l'Inde) plus gros émetteur de CO2 (2 371 mégatones) en raison des feux de forêt. De son côté, l'Australie a été confrontée à des feux d'une ampleur inhabituelle en 2019-2020, avec plus de 8 millions d'hectares brûlés. En France, les projections des scientifiques ne sont pas davantage rassurantes. Selon l'INRAE, si les émissions continuent d'augmenter, les grands feux pourraient atteindre 7 à 10 par an en 2050, voire jusqu'à 20 feux par an en 2090.
Les inquiétudes qui entourent les méga-feux sont d'autant plus importantes à la lumière du cercle vicieux dans lequel ils semblent se trouver, que les climatologues nomment "boucle de rétroaction positive" (effet boule de neige) : la combustion génère des émissions de CO2, qui augmentent l'effet de serre et accélèrent le réchauffement climatique qui favorise à son tour le déclenchement des feux.
L'origine regrettable des départs de feu et l'influence des facteurs environnementaux
La gravité, l'ampleur et les conséquences tant pour les victimes que la Planète sont déjà conséquentes, et s'ajoute un autre drame : le fait que la majorité des incendies soit provoquée par l'humain de façon accidentelle ou volontaire. C'est une réalité terrible que les statistiques exposent sans détour. En 2024, l'Observatoire des forêts françaises a précisé que 9 feux sur 10 étaient d'origine humaine :
- 60% liés aux activités économiques : chantiers de BTP, réseaux électriques, activités agricoles, travaux, etc. ;
- 30% liés aux activités du quotidien : barbecues, feux de camp, incendies de véhicule ou poubelle, mégots de cigarettes, etc.
Il existe aussi des cas de feux volontaires, notamment liés à la pyromanie. Cette maladie psychique, qui touche 1% de la population, se caractérise par une fascination pour le feu, une excitation émotionnelle avant l'acte et un plaisir en contemplant et/ou en provoquant des incendies de façon répétitive et sans motif extérieur (criminel, fraude à l'assurance...). Dans un article, Sebastian Dieguez, docteur en neurosciences, s'est intéressé à un cas encore plus rare : les pompiers pyromanes. Selon lui, leurs actes pourraient être motivés par l'envie d'apparaître comme "des sauveurs face aux incendies".
À découvrir : Sebastian Dieguez, "L'huile sur le feu, dans la tête d'un pompier pyromane", Cerveau & Psycho, 2023.
En dehors de ces cas, les feux sont généralement accidentels mais bel et bien liés à nos activités. En effet, les causes naturelles des départs se font rares : la foudre et les éruptions volcaniques. Cependant, les conditions naturelles, notamment climatiques, ont des impacts sur l'inflammabilité, la combustion, la durabilité et la propagation. Voici deux exemples pour comprendre : les températures élevées créent un climat propice aux départs de feu ; les vents violents accélèrent la propagation et peuvent déclencher de nouveaux feux avec les projections.
L'évolution d'un feu dépend aussi des combustibles : le degré d'inflammabilité et la vitesse de combustion sont influencés par la taille, l'âge, le poids, la teneur en eau (degré de sécheresse), mais aussi la chimie (les composés volatils produits par les végétaux). Par exemple, Canopée a précisé que "la litière de feuilles de pin d’Alep et de pin maritime, qui contient beaucoup plus de terpènes que celle de pin pignon notamment, est très inflammable", de même que les eucalyptus. À l'inverse, l'association explique que les forêts de feuillus (chêne-liège ou à feuilles rondes) sont moins touchées. La diversité des combustibles, les obstacles naturels (rochers, cours d'eau...) et la distance qui les sépare contribuent aussi à amplifier ou réduire les risques.
Qu'ils soient accidentels, volontaires ou naturels, les conséquences des feux sur les victimes, l'environnement, la biodiversité, les villes et les infrastructures sont ainsi conséquentes. Prendre conscience de la gravité de ces défis et de leur origine principalement liée à nos activités constitue un premier pas vers la prévention.
Veillons, ensemble, à réduire les risques autant que possible : respecter les normes de sécurité et si l'on est témoin d'un départ de feu, donner immédiatement l'alerte en appelant le 18, le 112 ou le 114 (personnes malentendantes).
Pour Approfondir
Entraide Grands Brûlés, La réadaptation, les brûlures graves, guide, 2015.
Les mots du Centre (Québec) adressés aux victimes, à leurs proches et au public : "Nous souhaitons qu’en présentant le cheminement de la guérison physique et psychologique de la personne brûlée, ce guide contribuera à diminuer l’anxiété vécue pendant cette épreuve."
Pierre Cilluffo Grimaldi, Mégafeux : Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère ?, The Conversation, 2025.
Canopée, Quels sont les arbres les plus sensibles aux incendies ?, 2023.

