Un défi, Des solutions
Une approche positive : "Comprendre les Défis" fonctionne en miroir avec "Valoriser les Solutions". Cet article présente des personnes inspirantes qui luttent contre les violences faites aux femmes.
En un coup d'œil
En France, Gisèle Pelicot a transformé son procès public en symbole de lutte contre les violences faites aux femmes, contribuant à faire évoluer la société avec son message « Que la honte change de camp ».
En République démocratique du Congo, le Dr Denis Mukwege a fondé l'hôpital Panzi en 1999, offrant des soins à plus de 50 000 femmes victimes de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.
Depuis 2011, l'avocate Nathalie Tomasini a fait de sa vocation un véritable combat en défendant avec ardeur et ingéniosité les femmes victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques.
Chaque jour, dans le monde entier, des femmes subissent des violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques. Face à ce fléau qui ne connaît ni frontières, ni classes sociales, des personnalités inspirantes et des initiatives ambitieuses se lèvent pour que la justice triomphe. De la détermination d'une victime qui dénonce ces actes au courage d'un chirurgien qui soigne et dénonce dans les zones de conflit, en passant par une avocate engagée et ingénieuse pour défendre les victimes, ces trois personnes démontrent que le changement est possible. Ensemble, elles incarnent l'espoir et la volonté de construire un monde où les femmes peuvent vivre en sécurité, dans la dignité et le respect.
Gisèle Pelicot : Une victime courageuse qui a brisé la loi du silence
En septembre 2024, la France a été marquée par l'ouverture d'un procès hors norme : celui de Gisèle Pelicot, droguée et violée pendant près de dix ans par son ex-mari, qui recrutait des inconnus sur internet pour abuser d'elle. Face à cette horreur, Gisèle Pelicot a fait un choix déterminant : elle a refusé le huis clos et a demandé que le procès soit public. Son message était clair : « Que la honte change de camp ». En rendant visible ce qui est habituellement tu, elle a permis de mettre en lumière la réalité des violences conjugales et de briser le silence.
Le 19 décembre 2024, la cour criminelle de Vaucluse a rendu son verdict : les 51 accusés ont été reconnus coupables, avec des peines allant de 3 ans de prison à 20 ans de réclusion criminelle pour Dominique Pelicot. Par ailleurs, sur les 17 accusés ayant initialement fait appel, la plupart ont retiré leur recours et seul un accusé a maintenu son appel. Ce procès a eu un retentissement international.
Gisèle Pelicot a été nommée par la BBC parmi les 100 femmes les plus influentes de 2024 et est devenue un "symbole de courage et de résilience" dans la lutte contre les violences sexuelles. Son courage a également relancé le débat sur la nécessité d'inscrire la notion de consentement dans la définition légale du viol en France, avec la concrétisation de cette évolution en novembre 2025 : "Tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur" (Code pénal, art. 222-22).
À ne pas manquer : Le documentaire Arte "Gisèle Pelicot, le visage de la lutte féministe", Le dessous des images.
Un enseignement tiré de cette affaire ? Les victimes ont le pouvoir de faire évoluer les choses, pour que "la honte change de camp". En brisant le silence, elles déclenchent une prise de conscience collective. De plus, elles ne sont pas seules : le soutien existe et plus encore, se manifeste massivement, comme en témoignent les rassemblements dans la France entière et les réactions multiples à l'échelle mondiale. Le courage de Gisèle Pelicot a également ouvert la voie à une réflexion plus large sur la culture du viol, qui nous concerne tous, et la nécessité de protéger efficacement les victimes, tout en sanctionnant véritablement les auteurs de ces violences.
Le Dr. Denis Mukwege : Le chirurgien gynécologue qui soigne et dénonce
En 1999, dans l'est de la République démocratique du Congo, le Dr Denis Mukwege a fondé l'hôpital Panzi à Bukavu. Initialement conçu comme une maternité, l'établissement est rapidement devenu un refuge pour les femmes victimes de violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre dans une région déchirée par les conflits. Face à l'ampleur des traumatismes, le gynécologue a développé une approche holistique associant la chirurgie réparatrice, le soutien psychologique, l'accompagnement juridique et la réintégration socio-économique. Cette prise en charge permet à ces survivantes courageuses de retrouver leur dignité et de reconstruire leur vie.
Depuis sa création, l'hôpital Panzi a soigné plus de 50 000 femmes. En 2008, le Dr Mukwege a par ailleurs créé la Fondation Panzi pour amplifier ce modèle de soins et porter son combat au niveau international. Son engagement exceptionnel lui a valu le prix Nobel de la paix en 2018, qu'il a partagé avec la militante yazidie Nadia Murad. Cependant, son action dérange. En 2012, après un discours aux Nations unies dénonçant l'utilisation du viol comme arme de guerre, il a échappé à une tentative d'assassinat. Son garde du corps a été tué et il a dû s'exiler temporairement. Ce sont ses patientes qui, en se mobilisant et en récoltant de l'argent pour financer son billet de retour, l'ont convaincu de revenir. Aujourd'hui, il vit toujours sous la protection de l'ONU dans l'enceinte de son hôpital.
À ne pas manquer : Le documentaire Muganga – Celui qui soigne de Marie-Hélène Roux retrace le destin du Dr Mukwege et met en lumière la résilience des survivantes.
Bien que des défis conséquents demeurent, notamment l'insécurité permanente dans l'est de la RDC et la dépendance aux financements internationaux pour assurer la pérennité des soins, et malgré les menaces persistantes, le Dr Mukwege poursuit son combat acharné pour la justice et la fin de l'impunité. Ses actions témoignent de la capacité d'un individu à transformer des vies et à porter un message universel au profit du respect des femmes. Elles montrent aussi que les hommes ont toute leur place dans cette lutte qui les concernent directement. C'est de la protection de leur mère, leurs filles, leurs voisines, leurs collègues, leurs amies, leurs patientes... dont il est question, pour leur offrir un avenir meilleur.
Nathalie Tomasini : Une avocate engagée dans la protection des femmes
En 2010, Nathalie Tomasini a quitté définitivement le droit des affaires pour se consacrer à une cause qui lui tenait à cœur : la défense des femmes victimes de violences. Cette reconversion est née de prises de conscience : le manque de considération des femmes dans certains milieux, la protection insuffisante des victimes, les failles du droit pénal et du système judiciaire, et la nécessité d'agir pour protéger les femmes confrontées à ces situations dramatiques. En 2011, avec sa consœur Maître Bonaggiunta, elle fonda alors le premier cabinet entièrement dédié à cette cause, une démarche novatrice à une époque où la violence conjugale demeurait taboue dans le milieu juridique. Son expertise s'est forgée à travers une série d'affaires qui ont marqué l'histoire judiciaire française. Déterminée à briser l'impasse dans laquelle se trouvaient les femmes victimes de violences, elle a développé des stratégies de défense qui ont bousculé les traditions.
D'abord, Alexandra Lange en 2012, acquittée grâce à la légitime défense après avoir tué son conjoint violent qui tentait de l'étrangler après des années de violences. Par la suite, l'affaire Jacqueline Sauvage, qui fut l'un de ses plus grands combats en raison de l'impossibilité de caractériser la légitime défense. Reprenant la défense en appel de cette dame condamnée pour avoir tué son mari après 47 ans de violences, elle a fait preuve d'ingéniosité en introduisant le concept de "syndrome de femme battue", s'inspirant du droit canadien pour combler les lacunes du système français. Malgré une condamnation maintenue, cette stratégie a marqué les esprits, permis d'obtenir le soutien de la société civile et ouvert la voie à la grâce présidentielle accordée par François Hollande en 2016.
Et quelques années plus tard, vint une autre terrible affaire : la mise en examen de Valérie Bacot pour assassinat sur son époux et ex-beau-père, après des années de violences psychologiques, physiques et sexuelles sur elle-même et ses enfants, par son beau-père et également des tiers, ayant été contrainte de se prostituer. Nathalie Tomasini est parvenue à faire reconnaître officiellement le syndrome de femme battue grâce à l'expertise psychiatrique, permettant à la victime qui encourait la perpétuité de sortir libre du tribunal.
Ces plaidoiries de rupture ont transcendé le simple exercice judiciaire pour devenir de véritables manifestes contre l'impunité des violences conjugales. Chaque procès s'est apparenté à une tribune pour sensibiliser la société, notamment à travers les médias, et faire évoluer la jurisprudence, introduisant en France des concepts psychologiques essentiels. À ce jour, elle poursuit sa vocation et ses combats, et protège également les victimes de harcèlement. Son message d'espoir continue de résonner dans chaque affaire : "Si vous avez au moins une chance de vous en sortir, même sur un million, ne baissez pas les bras." Maître Tomasini prouve qu'une avocate déterminée peut transformer la justice et sauver des vies ainsi que leur famille, écrivant une page nouvelle de l'histoire judiciaire française.
De nombreux acteurs, à toutes les échelles (associations, ONG, initiatives...), s'évertuent chaque jour à faire en sorte que les femmes retrouvent la dignité et le respect qu'elles méritent à travers de multiples actions : dénoncer, accompagner, soutenir, défendre, sensibiliser, informer... Parmi elles, ces trois personnes ont été choisies pour leur courage, leur détermination, leur envie de faire changer les choses et leur lutte acharnée contre les violences faites aux femmes. Une immense source d'inspiration pour poursuivre ce combat, se joindre à elles et agir ensemble pour mettre fin à ce fléau qui nous concerne tous.
Pour Approfondir
Radio-Canada, Gisèle Pelicot, « un rai de lumière dans la noirceur », 2024.
France 24 (vidéo), Le discours du Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, 10 décembre 2018.
Le Nouveau Détective (vidéo), L'avocate qui défend les femmes battues : Retour sur ses procès les plus marquants, 2025.
OIVF (fiches pédagogiques pour s'informer), Les nouveaux outils de lutte contre les violences faites aux femmes : Découvrez le MOOC et les fiches thématiques, 2024.

